Synthèse des études sur la sécurité des injections
dans les pays du Sahel
1. Introduction
Le nombre total d'injections pratiquées chaque année à
des fins prophylactiques et curatives est estimé à 12 milliards,
dont 5% sont liées à la vaccination. Le nombre annuel de décès
dus aux injections à risque est estimé à 1,3 millions. Les
injections à risque entraîneraient chaque année des dépenses
de l'ordre de 535 millions de dollars. En 1994, les ministres de la santé
de 51 pays africains se sont réunis en Côte d'Ivoire et se sont engagés
dans la "Déclaration de Yamoussoukro" à assurer l'innocuité
des injections. La Déclaration a aussi fixé des objectifs pour l'innocuité
des injections vaccinales. Les études sur la sécurité des
injections ont été réalisées avec la collaboration
de l'UNICEF et de l'OMS dans 6 pays du Sahel : la Mauritanie, le Mali, le Niger
Tchad et le Burkina Faso, Gambie. Ces études ont été réalisées
sur l'ensemble des injections pratiquées dans les structures de santé.
Malgré les engagements politiques de haut niveau, la situation dans les
pays du Sahel reste encore très critique, les injections sont dangereuses
au risque même de réduire la confiance accordée aux prestations
de soins comme la vaccination et les soins curatifs.
2. Justification des études
Il est ressorti de l'analyse des rapports des différentes revues des
programmes élargis de vaccination des pays des constats qui traduisent
les risques imminents liés à la mauvaise pratique des injections
à but prophylactique. Les principaux constats sont les suivants :
- L'absence totale de politique nationale en matière de sécurité
des injections
- Le non-respect des techniques de stérilisation et de désinfection
- L'absence de conditions sécurisantes de transport et de destruction
du matériel souillé
- La méconnaissance des communautés des risques liés aux
déchets médicaux
- Le faible niveau du personnel en matière de connaissances et aptitudes
dans la sécurisation des injections
La sécurité des injections est devenue, au vu de ces constats,
un véritable problème de santé publique pour les pays du
Sahel. Les ministères de la santé sont actuellement conscients des
conséquences désastreuses que les injections à risque font
peser sur l'incidence des maladies transmissibles ( hépatite B, VIH/SIDA,
etc.).
Des études ont été menées grâce à
un protocole élaboré par l'OMS pour l'évaluation des différents
aspects de la pratique des injections. Ledit protocole a développé
quatre outils qui permettent de :
- Identifier les déterminants des mauvaises pratiques d'injections
- Estimer la fréquence des injections et les personnes exposées
- Estimer la proportion des injections à risque
- Evaluer les liens possibles entre les injections et les infections
3. Objectifs des études
3.1 Objectif général
- Faire une analyse de la situation sur la sécurité des injections
dans les pays
3.2 Objectifs spécifiques
- Evaluer la prévalence des injections dangereuses
- Analyser le comportement et les connaissances des agents pratiquant les injections
- Sonder l'opinion des bénéficiaires sur les injections
- Donner aux équipes nationales PEV un outil d'appréciation et
de suivi de la sécurité des injections
4. Démarche de mise en oeuvre des études dans
les pays
Les principales étapes de la mise en œuvre des études sur
l'élaboration des plans d'approvisionnement et de distribution des vaccins
et consommables sont :
- L'identification du besoin de réaliser les études
- La réalisation des études
- La restitution des résultats
Conformément à la volonté exprimée par tous dans
le cadre de la synergie d'intervention, les autres partenaires impliqués
dans la mise en œuvre du PEV sont associés depuis l'identification
du besoin de réaliser les études jusqu'à la restitution.
La coordination de l'étude est assurée par les responsables PEV.
Les études sur la sécurité des injections ont été
conduites à partir d'un protocole développé par OMS-SIGN
avec l'appui technique et financier de la CATR, de l'OMS et de l'UNICEF. Plus
spécifiquement la CATR a pris en charge les coûts opérationnels
au Burkina Faso et au Niger, le consultant national au Mali et l'ensemble des
coûts en Mauritanie.
5. Principaux résultats
Ils sont présentés dans les deux tableaux suivants.
Tableau 1 : Equipement
| Pays |
Type de matériel |
Nbre de formations |
Proportion |
| Gambie |
Zéro boite de sécurité |
41 |
50,6% |
| 1 à + 20 boîtes
de sécurité |
31 |
37,2% |
| Seringues usage unique
stériles disponibles |
46 |
56,8% |
| Seringues autobloquantes |
55 |
87,3% |
| Tchad |
Zéro boite de
sécurité |
72 |
92,3% |
| 1 à + 20 boîtes
de sécurité |
2 |
2,6% |
| Seringues usage unique
stériles disponibles |
45 |
57,7% |
| Seringues autobloquantes |
14 |
29,9% |
| Burkina Faso |
Zéro boite de
sécurité |
80 |
51% |
| 1 à + 20 boîtes
de sécurité |
80 |
40% |
| Seringues usage unique
stériles disponibles |
52 |
96% |
| Seringues autobloquantes |
|
|
| Niger |
Boîte de sécurité
(1 à + 50) |
79 |
34% |
| Seringue
usage unique stérile (1 à + 50) |
76 |
72% |
| Seringues
autobloquantes (1 à + 50) |
72 |
46% |
| Mauritanie |
Zéro boite de
sécurité |
|
95% |
| 1 à + 20 boîtes
de sécurité |
|
23% |
| Seringues usage unique
stériles disponibles |
|
89% |
| Seringues autobloquantes |
|
6,5% |
| Mali |
Boîte de sécurité
(1 à + 50) |
93 |
5% |
| Seringue
usage unique stérile |
72 |
10,9% |
| Seringues autobloquantes
|
82 |
12,5% |
Tableau 2 : Pratiques des injections
| Pays |
Pratique observée |
Nbre de formations |
Proportion |
| Gambie |
Piqûres accidentelles dans les
12 derniers mois |
39 |
70,9% |
| Elimination des aiguilles
dans un receptacle non adéquat |
59 |
79,7% |
| Incinération
non contrôlée |
29 |
35,83% |
| Nettoyage de la peau |
4 |
4,7% |
| Tchad |
Piqûres accidentelles
dans les 12 derniers mois |
36 |
60% |
| Elimination des aiguilles
dans un receptacle non adéquat |
71 |
91% |
| Incinération
non contrôlée |
30 |
38% |
| Nettoyage de la peau |
66 |
97,1% |
| Burkina Faso |
Piqûres accidentelles
dans les 12 derniers mois |
71 |
51% |
| Elimination des aiguilles
dans un receptacle non adéquat |
66 |
83% |
| Incinération
non contrôlée |
41 |
51% |
| Nettoyage de la peau |
38 |
73% |
| Niger |
Piqûres accidentelles
dans les 12 derniers mois |
77 |
72% |
| Elimination des aiguilles
dans un receptacle non adéquat |
77 |
95% |
| Incinération
non contrôlée |
38 |
49% |
| Nettoyage de la peau |
55 |
55% |
| Mauritanie |
Piqûres accidentelles
dans les 12 derniers mois |
|
-66% |
| Elimination des aiguilles
dans un receptacle non adéquat |
|
71% |
| Incinération
non contrôlée |
|
81% |
| Nettoyage de la peau |
|
|
| Mali |
Piqûres accidentelles
dans les 12 derniers mois |
93 |
23% |
| Elimination des aiguilles
dans un receptacle non adéquat |
93 |
94,7% |
| Incinération
non contrôlée |
93 |
56,9% |
| Nettoyage de la peau |
|
25% |
Source : rapports des études
effectuées dans les quatre pays
La réalisation de ces études a permis de dégager les constats
généraux suivants :
- L'absence, ou faible présence dans les pays, de directives écrites
pour orienter le personnel dans le cadre de la sécurité des injections
- L'absence, dans les pays, d'une politique réelle de sécurité
des injections incluant le volet destruction des déchets
- L'utilisation de matériel d'injection non stérilisé,
mal stérilisé ou extrait d'un emballage non stérile
- Le nettoyage des points d'injections : il se fait toujours à l'alcool
pour les actes thérapeutiques, tandis qu'il y a une diversité de
situations pour les injections vaccinales : nettoyage au Tchad 97,1% , Burkina
73%, Mali 25%, au Niger 55% et Gambie 47%
- Des comportements du personnel exposant à des piqûres accidentelles
(recapuchonnage des aiguilles) ; les piqûres accidentelles ont été
observées au Mali chez 23% du personnel, au Burkina Faso 83%, au Niger
73% au Tchad 60% et en Gambie 70,9%
- L'utilisation peu habituelle de réceptacles de sécurité
dans les activités de routine : la présence de réceptacles
dans les formations sanitaires est due au reliquat de stock des JNV ; l'élimination
des déchets se fait dans un réceptacle non adéquat dans 83%
des cas au Burkina et dans 95% des cas au Niger et au Mali ; 91% au Tchad et 79,7%
en Gambie
- Le traitement peu satisfaisant des déchets dans la majorité
des cas : le moyen le plus utilisé est l'incinération à ciel
ouvert. Les endroits réservés pour la décharge des déchets
n'assurent pas la sécurité pour les communautés
- L'utilisation pas toujours effective de seringues stériles à
usage unique : Le Mali, le Tchad et le Niger utilisent encore des seringues et
aiguilles réutilisables dont la stérilisation est mal faite
6. Recommandations
Les recommandations faites invitent les pays à :
- Mettre en place une véritable politique de sécurité des
injections et élaborer de directives écrites claires pour orienter
le personnel dans les différentes étapes de la sécurité
des injections
- Mettre en œuvre un programme de formation qui cible les différents
domaines de la sécurité des injections
- Interdire la réutilisation des seringues et aiguilles à usage
unique
- Faire éviter au personnel le recapuchonnage des aiguilles à
deux mains
- Doter les formations en quantité suffisante de seringues autobloquantes
et de réceptacles de sécurité
- Rendre à un coût accessible aux communautés le matériel
d'injection stérile
- Proscrire le dépôt des déchets contondants dans les alentours
des centres de santé
- Institutionnaliser le monitoring des taux de pertes à tous les échelons
de la pyramide sanitaire. A cet effet, les paramètres à considérer
pour la détermination des conditions de sécurité des injections
doivent figurer sur les fiches de suivi périodique des activités
des centres de santé
- Appliquer la politique "Une seringue et aiguille stérile pour
chaque antigène par enfant"

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