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Estimation des taux de pertes de vaccins en mauritanie

 

 

1. Justification de l’étude

La mise en œuvre de l’Initiative de l’Indépendance Vaccinale en Afrique Sahélienne a accéléré l’appropriation par les pays et la pérennisation du Programme Elargi de vaccination (PEV). Dans le cadre de cette initiative, la Mauritanie a déployé d’énormes efforts notamment pour prendre en charge sur ressources budgétaires les dépenses prioritaires du PEV, en particulier, celles des vaccins et consommables. En effet, entre 1996 et 1999, l’Etat a inscrit au budget de fonctionnement UM 36 millions à UM 38 millions pour l’acquisition des vaccins et consommables du PEV de routine. Sur le budget de l’an 2000, cette inscription budgétaire est passée à UM 66 millions dont UM 30 millions pour le vaccin contre l’hépatite B.
L’utilisation rationnelle de ces importantes ressources budgétaires, et la gestion optimale des stocks de vaccins acquis sont devenues, plus que par le passé, un impératif. A cet effet, il importe de s’attaquer à l’amélioration de la planification des besoins (approvisionnement et distribution), et à la réduction des pertes des vaccins à tous les niveaux.

A) La première étape dans la planification des besoins est l’estimation des besoins. Ce travail d’estimation des besoins doit être effectué avec minutie car pouvant avoir des conséquences néfastes sur la mise en œuvre du PEV en cas d’écarts significatifs entre les estimations et les besoins réels. En effet :

  • Une sous-estimation des besoins réels peut conduire à des ruptures de stock, donc à des ruptures des services, d’où d’une part une contre performance du programme eu égard aux objectifs de couverture assignés au départ, et d’autre part une désaffection probable des populations vis à vis des centres de vaccination si les ruptures devaient devenir répétitives
  • Une surestimation significative et répétitive des besoins réels pourrait conduire à des gaspillages (péremptions massives de vaccins) ou à une utilisation peu optimale des ressources limitées dont dispose le PEV

La qualité de l’estimation des besoins est donc primordiale pour une bonne performance du PEV. Cette qualité de l’estimation des besoins est elle même fonction entre autres de la fiabilité des données utilisées.
La Mauritanie utilise la méthode d’estimation basée sur la population cible. L’application de cette méthode exige la disponibilité des données suivantes :

  • La population cible ou les données démographiques permettant de la calculer : population totale, taux de croissance démographique, et proportion de la population cible dans la population totale ; ces données sont généralement disponibles auprès des Directions chargées de la statistique et/ou du recensement général de la population
  • Les objectifs de couverture : ils sont fixés de façon volontariste par le Gouvernement mais en tenant compte de la capacité réelle des services sur le terrain
  • Les coefficients de perte ou les taux de perte permettant de les déterminer ; ils sont méconnus ; les taux utilisés demeurent encore ceux recommandés par l’OMS à la fin des années soixante dix ; ces taux étant des moyennes, ils ne reflètent pas forcément les réalités du pays

Le paramètre non maîtrisé parmi ceux entrant dans l’estimation des besoins est le taux de perte, d’où l’intérêt de sa détermination dans le cadre de cette étude.

B) Si les taux de perte réels ne sont pas connus, les indications partielles existantes dénotent de l’importance des pertes de vaccins. En effet, i) des cas de péremption massive de vaccins ont été relevés lors de la revue du PEV effectuées en 1997, ii) des péremptions dues à la rupture de la chaîne de froid ont également été rapportées, iii) la première étude de ce genre effectuée au Sénégal, pays voisin de la Mauritanie, a permis de mettre en exergue des écarts importants entre les taux recommandés et ceux déterminés dans le cadre de l’étude. Des facteurs géo-démographiques spécifiques en Mauritanie sont susceptibles d’influer à la hausse sur le niveau des pertes.
La connaissance des niveaux de perte par nature et leur réduction significative sont donc indispensables pour la rationalisation de la gestion des vaccins.

2. Objectifs de l’étude

L’objectif général de l’étude est de contribuer à l’amélioration de la gestion du programme élargi de vaccination par la rationalisation de l’utilisation des ressources disponibles, en l’occurrence celles du vaccin.

Les objectifs spécifiques visent :

  • L’amélioration de l’estimation des besoins en vaccins et par ricochet de celle des besoins en consommables en Mauritanie
  • La contribution à l’amélioration de l’estimation des besoins dans l’ensemble des pays du projet, et dans la sous région de l’Afrique de l’Ouest
  • La rationalisation de l’utilisation des ressources du PEV, notamment celles allouées à l’achat de vaccins et consommables
  • L’amélioration de la méthodologie utilisée lors de la même étude réalisée au Sénégal en vue de répliquer les mêmes travaux dans d’autres pays du Sahel ou de la sous région
  • La description et l’analyse des pratiques actuelles en matière d’administration des vaccins

3. Résultats attendus

L’équipe responsable de l’étude devra, aux termes de ses travaux, atteindre les résultats suivants :

  • Une estimation des taux de pertes des différents antigènes utilisés dans le cadre du PEV de routine applicables en Mauritanie par niveau et par stratégie (niveau central, Wilaya, Moughataa districts, unités de vaccination) et par stratégie si possible
  • La spécification des conditions d’utilisation de ces taux en Mauritanie
  • La spécification des conditions d’utilisation éventuelle de ces taux dans les pays de la sous région, principalement dans les pays couverts par le projet
  • L’évaluation éventuelle de l’impact de l’utilisation des pastilles de contrôle
  • La rédaction d’un article destiné à la publication des résultats dans une revue à large distribution, notamment dans les pays du projet

4. Méthodologie

Compte tenu des difficultés liées à la disponibilité des données, les TDR n’ont pu être scrupuleusement respectés. L’équipe chargée de l’étude a du restreindre la taille de l’échantillon et la période couverte par celle-ci.
Un choix raisonné a du être fait en tenant compte de la localisation géographique, des caractéristiques démographiques, et de la disponibilité des données. Les unités de vaccination choisies sont celles où les données existent et qui connaissent une importante activité vaccinale. C’est ainsi que :

  • A Nouakchott, trois unités de vaccination ont été retenues à savoir Sebkha, Dar Naïm et l’Armée Nationale
  • A l’intérieur du pays, les unités de vaccination de Boghé dans la Wilaya du Brakna au sud ouest, celle de Zoueratt dans le tiris Zemmour au nord, celle d’Atar dans l’Adrar au nord est et celle d’Aïoun à l’est dans le Hodd Gharby ont été retenues.

L’exploitation systématique des données archivées dans les Formations Sanitaires retenues a été effectuée, complétée par des entrevues avec les responsables compétents du PEV au niveau national, régional, du district, et des unités de vaccination. Les travaux se sont déroulés de la manière suivante :

a) Première phase

Elle a duré un mois (15 mai au 15 juin 1999) et a consisté en :

  • La conception d’un support de collecte de données (relevés mensuels de vaccination)
  • La collecte, la centralisation, le classement et la saisie de toutes les données de base disponibles dans les unités de vaccination retenus

Pendant cette première phase, en plus du problème de disponibilité des données, l’équipe a été confrontée à celui de la qualité des données existantes. Il a fallu aux équipes deux fois plus de temps que prévu pour pouvoir remplir le support de collecte de données conçu pour les besoins de l’étude. De nombreux ajustements ont été effectués pour rendre cohérentes les données.

b) Deuxième phase

  • Tirage, exploitation et analyse des résultats

Elle s’est déroulée du 15 juin au 10 juillet 1999. Les résultats obtenus par formation sanitaire ont été compilés pour calculer la moyenne arithmétique et une moyenne pondérée pour tenir compte du poids de la ville de Nouakchott dans la population urbaine.
La population urbaine a été estimée à environ 40% de la population totale, et la ville de Nouakchott à elle seule comprend 27% de la population totale, soit environ 67,5% de la population urbaine du pays ; la population des villes autres que Nouakchott représente 33,5% de la population urbaine. L’exploitation des données par stratégie n’a pu être effectuée, les données désagrégées n’ayant pu être collectées systématiquement.

c) Troisième phase

  • Restitution et institutionnalisation des résultats

La restitution des résultats aura lieu lors des ateliers de monitorage. En attendant, le PEV a adopté le support de collecte conçu dans le cadre de l’étude pour le suivi des mouvements et de l’utilisation des stocks de vaccins, pour le monitoring des taux de perte. Des carnets ont été produits et mis à la disposition des unités de vaccination et des différents échelons de l’administration sanitaire.

d) Période de référence de l’étude

Les TDR de l’étude ont prévu la couverture des années 1995 à 1997 de manière à obtenir une évolution des taux de perte sur une période suffisamment longue pour la fiabilité des résultats obtenus. Compte-tenu des difficultés relatives à la disponibilité des données pour l’année 1995, la période 1996/1997 a été retenue.

5. Limites de l’étude

L’utilisation des résultats de cette étude doit tenir compte des limites ci-après :

  • Seules les Formations Sanitaires des centres urbains ont été enquêtées. Ce facteur est susceptible d’influencer les taux de perte à la baisse compte-tenu de la plus forte fréquentation des séances de vaccination en milieu urbain. Cependant, l’on a noté que certaines unités de vaccination de Nouakchott ont des taux de perte plus élevés que ceux des unités de certaines villes de l’intérieur
  • L’échantillon de l’enquête est très faible : 7 unités de vaccination sur 230, soit environ 3% de l’ensemble des unités de vaccination. S’agissant d’un choix raisonné, les marges d’erreur ne peuvent être déterminées, et la représentativité ne peut être garantie
  • La qualité des données recueillies dans certaines Formations Sanitaires laisse à désirer, ce qui a nécessité de nombreux ajustements de concert avec le personnel sur le terrain
  • Certaines pratiques inappropriées, car contre les normes en la matière sont susceptibles de biaiser les résultats. Parmi celles-ci, la conservation de flacons de vaccins ouverts non concernés par la politique. Ce facteur est susceptible de biaiser les résultats à la baisse.

Cependant, malgré les limites ci-dessus énumérées, nous recommandons l’utilisation des résultats de cette étude pour les raisons suivantes :

  • L’influence des facteurs susceptibles de biaiser les résultats est à relativiser. En effet, i) les caractéristiques des unités de vaccination varient peu selon le milieu (urbain/rural), ii) la faiblesse de la taille de l’échantillon peut être compensée par la qualité du choix des unités à enquêter, iii) des redressements ont été effectués sur les données soufrant de problème de cohérence; du reste, toutes les enquêtes de ce genre sont confrontées à ce problème, iv)le non respect des normes de conservation n’est pas généralisé
  • Les résultats de cette étude sont les seules données spécifiques au pays disponibles à l’heure actuelle ; le principe qui veut qu’ " il vaut mieux disposer de données imparfaites que pas de données du tout " doit s’appliquer
  • Enfin, la systématisation de la collecte des données sur l’utilisation des vaccins et la vaccination permettra de disposer de données plus exhaustives dès l’année prochaine. L’utilisation des résultats de l’enquête sera limité aux années 2000 et 2001, et devra se faire avec la prudence habituelle. Les facteurs ci-dessus énumérés sont susceptibles de biaiser les résultats à la baisse.

6. Principaux résultats

6.1 Moyennes nationales

L’exploitation des données collectées a donné les résultats suivants.

Tableau 1 : Moyennes nationales 1996 et 1997 des taux observés et des taux recommandés

  BCG DTC VPO VAR VAT
1996          
Moyenne arithmétique nationale 36,57 24,86 17,57 36,71 41,86
Moyenne pondérée nationale 40,78 28,23 17,18 39,71 47,38
1997          
Moyenne arithmétique nationale 34,14 25,29 19,86 46,43 43,29
Moyenne pondérée nationale 32,50 29,04 19,92 54,15 46,61
Moyenne 1996/1997          
Moyenne arithmétique nationale 35,36 25,07 18,71 41,57 42,57
Moyenne pondérée nationale 36,64 28,63 18,55 46,93 47,00
Taux recommandés 50,00 25,00 25,00 25,00 25,00


La lecture de ce tableau permet de tirer les enseignements suivants :

  • Les moyennes arithmétiques et pondérées des taux de perte en vaccins sont très stables d’une année ; seuls le VAR et dans une moindre mesure le BCG connaissent un écart de plus de deux points, soit respectivement 6 et 7 points pour les moyennes arithmétiques et pondérées du VAR, et 4 points pour la moyenne pondérée du BCG
  • Le VAT, le VAR et dans une mesure relative le BCG sont les antigènes qui connaissent les taux de perte les plus élevés ; ce niveau élevé des taux de perte pourrait s’expliquer entre autres par les raisons suivantes
  • La population cible du VAT est normalement constituée de femmes en âge de procréer ; cependant, sur le terrain, seules les femmes enceintes sont vaccinées, ce qui a pour effet de limiter la fréquence lors des séances de vaccination, et par conséquent d’augmenter le taux de perte
  • La morbidité et la morbidité élevées liées à la rougeole dans un passé récent, et la connaissance qu’ont les populations de cette maladie du fait justement de son lourd fardeau ont induit une forte demande au niveau des Formations Sanitaires disposant d’une unité de vaccination (230 sur 450 environ)
  • Le BCG connaît traditionnellement un taux de perte élevé, la moyenne mondiale se situant autour de 50% ; le niveau élevé du taux de perte observé est donc relatif. Il s’explique par l’administration en maternité après l’accouchement et lors des consultations post-natales

Cependant, l’on notera que les taux observés pour le BCG et le VPO sont inférieurs à ceux traditionnellement utilisés ; les tentatives d’explication sont les suivantes :

  • L’administration du BCG par le personnel le plus expérimenté, l’organisation des séances et le fait qu’il s’agit d’un antigène à un seul contact explique la relative maîtrise du taux de perte de cet antigène
  • L’effet " JNV " influence probablement le taux de perte du VPO à la baisse ; en effet, l’éloignement du personnel chargé de la vaccination de la cible traditionnelle est probablement plus marqué pour le VPO, antigène qui connaît des campagnes régulières depuis quelques années

6.2 Résultats désagrégés par formation sanitaire

Les tableaux 2 et 3 donnent les résultats obtenus en 1996 et 1997 par formation sanitaire et par antigène.

Tableau 2 : Taux observés en 1996 et moyennes nationales

  BCG DTC VPO VAR VAT
Bogué 43 34 19 48 44
Sebkha 60 35 33 62 68
Armée nationale 39 20 10 50 38
Tab Salam D 40 43 7 19 58
Aouin 13 12 28 7 4
Atar 13 10 7 22 10
Zouerate 48 20 19 49 71
Moyenne arithmétique nationale 36,57 24,86 17,57 36,71 41,86
Moyenne pondérée nationale 40,78 28,23 17,18 39,71 47,38


Tableau 3 : Taux observés en 1997 et moyennes nationales

  BCG DTC VPO VAR VAT
Bogué 28 26 20 30 12
Sebkha 42 37 27 79 61
Armée nationale 10 47 27 41 30
Tab Salam D 39 18 6 73 62
Aouin 19 12 32 28 27
Atar 42 16 14 36 35
Zouerate 59 21 13 38 76
Moyenne arithmétique nationale 34,14 25,29 19,86 46,43 43,29
Moyenne pondérée nationale 32,50 29,04 19,92 54,15 46,61

Les enseignements ci-après peuvent être tirés de la lecture de ces tableaux :

  • Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, l’on observe une tendance à des taux de perte plus élevés tous antigènes confondus pour les Formations sanitaires de la ville de Nouakchott, suivies de près par celles de Boghé et Zoueratte ; l’explication pourrait provenir de ce que le respect de la cible (enfants de moins d’un an) est plus strict dans les Formations Sanitaires de Nouakchott que dans celles de l’intérieur du pays ; les données relatives à la vaccination figurant en annexe confirment cet état de fait
  • La faiblesse significative des taux de perte à Aouin et à Atar s’explique essentiellement par le non respect de la cible pour la vaccination des enfants ; l’on a même l’impression que la cible est constituée plutôt des enfants de plus d’un an
  • Les commentaires faits par antigène relatifs aux moyennes nationales et à la comparaison avec les taux classiquement admis demeurent valables au niveau désagrégés.

7. Recommandations

L’étude sur les taux de perte des vaccins constitue une première en Mauritanie. Elle a abouti à des résultats qui sont riches d’enseignements malgré les limites énoncées plus haut. Ces enseignements doivent être utilisés pour améliorer la gestion du programme et l’efficience dans l’utilisation des ressources. Plus spécifiquement :
Les résultats doivent être utilisés pour améliorer l’estimation des besoins en vaccins et consommables du PEV de routine
Plus que les résultats eux-mêmes, le monitoring initié grâce à cette étude doit être poursuivi et systématisé pour i) disposer de données plus exhaustives qui permettraient d’améliorer encore plus l’estimation des besoins, ii) réduire les pertes à tous les niveaux et améliorer ainsi l’utilisation des ressources mises à la disposition du programme
Les cas relevés de non observation des normes et standards doivent inciter les responsables du MS/AS à mettre à ladisposition des agents sur le terrain des directives claires sur les activités liées à la vaccination : conservation des vaccins, politique des flacons entamés, populations cibles, rattrapage, ratissage, etc. A cet effet, un guide de la vaccination doit être élaboré et mis à la disposition des agents sur le terrain ; ce document doit centraliser toutes les directives, les normes et les standards en matière de vaccination, et servir de référence permanente aux agents.
La qualité médiocre des données dans certaines Formations Sanitaires suggère le besoin de recycler ou de former les agents dans les domaines de la gestion de la vaccination, de la planification des besoins et de la gestion des stocks, et plus généralement du monitorage.

 

NB : Le rapport de cette étude est disponible auprès de la CATR à l'adresse suivante :

Projet régional FED ARIVA
08 BP 11030 Ouagadougou 08
Tel. : +226 31 69 16
Fax. : +226 31 69 18
E-mail : catr@fedariva.org

ou auprès du Service du Programme Elargi de Vaccination à l'adresse suivante :

Programme Elargi de Vaccination
BP 483 Nouakchott
République Islamique de Mauritanie
Tél. : +222 25 80 41 ou +222 25 17 51
Fax : +222 25 69 43 ou +222 25 12 73